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LE SÉNÉGAL D’AUTREFOIS

LE SÉNÉGAL D’AUTREFOIS-« Sur la rive gauche du fleuve, trois territoires voisins, pour la plupart peuplés de Ouolofs, avec des minorités ethniques peules, maures et toucouleures, retiendront notre attention entre les années 1874 et 1878.
Ces territoires étaient de statuts politiques différents : le Oualo avait été annexé par Faidherbe à la colonie du Sénégal en 1856 et constituait la « banlieue » éloignée de Saint-Louis ; le Cayor, un moment annexé lui aussi (1868-1871) avait recouvré son indépendance par le traité du 12 février 1871 ; le Djolof échappait presque entièrement à l’influence française.
Plus importante que la situation politique était l’évolution religieuse.
En effet, on assistait depuis le milieu du xixe siècle à une accélération des progrès de l’Islam dans ces régions.
Ces progrès rapides étaient principalement dus à l’action de marabouts toucouleurs, à la fois prédicateurs et guerriers ; l’un d’eux, Ma-Ba-Dyakhou, conquérant du Saloum et fondateur de Nioro du Rip, avait converti vers 1864 à la religion musulmane le damel détrôné du Cayor, Lat Dior.
Lorsque celui-ci retrouva son trône, il favorisa l’extension de l’Islam dans ses états.
Au Djolof, c’est un autre prêcheur de guerre sainte, Ahmadou Seckou, ou Scheïkou, un Toucouleur également, qui s’est installé depuis 1867, après avoirété chassé du Fouta sénégalais par les troupes françaises. 
Ayant détrôné le bour-ba Djolof, souverain du pays, il avait pris sa place ; mais des competiteurs complotaient sa perte, comme Ali Bouri N’Diaye.
Cependant, s’appuyant sur ses disciples, ses talibés fanatisés, Ahmadou Seckou, non seulement se maintenait au Djolof, mais menaçait les régions voisines : Fouta-Toro, Cayor, Oualo et prétendait convertir de force tous leurs habitants encore animistes.
Au Oualo, enfin, la propagande d’Ahmadou Seckou contrariait l’influence française et séduisait quelques-uns des chefs investis par le gouverneur.
Le chef supérieur de la province, Sidia, demi-frère d’Ely, roi des Trarzas, était du nombre.
Or cette évolution religieuse coïncidait avec un débutde révolution économique.
Le développement de la culture de l’arachide offrait à ces régions — notamment au Cayor — la possibilité de passer de l’économie de subsistance à un nouveau système, fondé sur l’exploitation spéculative des terres légères de la zone comprise entre Saint-Louis et Rufisque.
Ce dernier port, d’ailleurs détaché du Cayor avec la province environnante du N’Diander placée sous administration française, gagnait en importance et on commençait à construire en pierre les entrepôts destinés au stockage des « pistaches de terre » dont l’embarquement était facilité par des wharfs.
Les Maures participaient de plus en plus, avec leurs chameaux et leurs ânes, au transport terrestre des arachides.Quelques-uns de leurs convois les apportaient à Saint-Louis, mais la plupart se dirigeaient vers la Petite Cote, de M’Bour à Dakar . Le commerce du Cayor est évalué par Valière à 3 millions de francs par an en 1874.
Le gouverneur Valière dans une intéressante analyse de la situation a montré l’opposition qui existait entre le Djolof, pauvre et sans accès au fleuve et le Cayor en train de s’enrichir. Pour lui, la rivalité qui opposait Ahmadou Seckou et Lat Dior était purement économique et n’avait rien de religieux.
Le fanatisme du marabout servant de prétexte à sa main-mise sur une province riche où l’Islam gagnait sans cesse du terrain sans intervention extérieure.
L’autorité française allait être amenée à se préoccuper des luttes qui se déroulaient à proximité de ses territoires de souveraineté ou dans les états protégés voisins. L’agitationen effet de gagner Saint-Louis. Lorsque commence l’année 1874, le Oualo est déjà fortement troublé par les menées de Sidia. Ahmadou Seckou vient d’attaquer les Irlabés et de détruire Pété, leur capitale, il menace aussi le Lao, dont le chef Ibra Almamy, devra bientôt chercher refuge auprès de Lat-Dior. Il semble, d’après un rapport du de cercle de Podor cité par Valière, que la réduction des effectifs militaires, et la défaite encore récente dela France en 1870-71 aient enhardi les fauteurs de troubles. Très rapidement la situation va empirer au cours de l’été 1874, et un coup d’arrêt paraîtra nécessaire. »
Extrait de Yves J. Saint-Martin (1965), Une source de l’histoire coloniale du Sénégal : 
Les rapports desituation politique (1874-1891), 
Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 52, n°187.
M.Sidibe

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