Cité du Savoir

LE JUGEMENT DE MFUMU KIMBANGU DU 03 OCTOBRE 1921

Au cours des sept audiences, de trois heures chacune, l’une à 9 heures, l’autres à 17 heures, on attendra vainement de la part des accusés le moindre geste de la part des accuses le moindre geste de lâcheté, la moindre marque de veule soumission, MFumu KIMBANGU apparait « fier et hardi ». Ses réponses sont nettes. Au commandant de Rossi qui lui demande : Q/ ES- TU MVULUZI, LE PROPHETE ? R/ OUIQ/ AS- TU RESSUSCITE LES MORTS ? R/ OUIQ/ COMMENT AS-TU FAIT ? R/ DIEU M’A INSPIRE. Sa voix est ferme et claire, son attitude narquoise et railleuse. Il est l’envoyé de Dieu et n’a fait qu’observer les préceptes de la bible. Si le R.J Jodogne croit pouvoir, au fil des audiences, souligner que l’accusé, vers la fin hésite, se couvre la face des deux mais comme pour réfléchir, en arrive même à « bafouiller » bien que le journaliste présent n’ait rien décrit d’une pareille évolution, celle-ci serait manifestement due aux mauvais traitements que le commandant de Rossi a, comme nous allons le voir, fait infliger à l’accusé au cours même de son procès. Ses apôtres montrent la même fermeté. « Ils ne nient pas les faits qui leur sont reprochés, ils se refusent à cesser propagande à moins que Mfumu KIMBANGU ne cesse la sienne et qu’il ne leur transmet l’ordre de faire de même. LE PREMIER APOTRE INTERROGE QUI PROCLAME IMPERTINEMENT A LA FACE DU COMMANDANDANT DE ROSSI. « LE JUGEMENT DE DIEU VA VENIR POUR PUNIR CEUX QUI NE CROIENT PAS » Bien réplique le magistrat : Est-ce que l’Etat et tous les blancs le seront aussi, s’ils ne croient pas ? OUI, DIT L’HOMME, L’ETAT ET TOUS LES BLANCS IRONT EN ENFER, S’ILS NE CROIENT PAS ANOS DOCTRINES » Un autre prévenu a une attitude que l’avenir colonial Belge qualifié de « révoltante » « IL A OSE INTERPELLE LUI-MEME LE JUGE EN PLEIN TRIBUNAL ET LUI A DEMENDE LA RAISSON POUR LAQUELLE ON INTERDISAIT AUX AFRACAINS D’AVOIR LEUR DIEU. LEUR PROPHETE, LEUR BIBLE, ALORS QUE LES BLANCS ONT LES LEURS. LES JUGE INDIGNE A LEVE L’AUDIENCE » Ce n’était pas la seule suspension d’audience que le commandant de Rossi ait ordonnée. En effet, au cours d’une des premières audiences un curieux incident avait surgi. Au moment où la prophétesse MANDOMBE, « jeunes fille protestante cheftaine des prophétesses » dit l’avenir, « la mégère prophétesses » dit le Révérend père Jodoigne, était interrogée, Mfumu KIMBANGU « chargé de chaines », et qui était « gardé à vue » le visage tourné vers les autres condamnés entre « dans son délire habituel » et est parait-il agité d’un tremblement. Si vous ne cessez pas, vous aurez la chicotte, tonna le commandant de Rossi. Il suspendit immédiatement l’audience ; appela le médecin, fit examiner Mfumu KIMBANGU et dresser le procès-verbal de la visite. Le retour de PAREILS FAITS DOUCHE FROIDE ET CORRECTION PATERNELLE DE DOUZE COUPS DE FOUET FURENT ADMINISTRES A MFUMU KIMBANGU. JUGEMENT DU CONSEIL DE GUERRE DE THYSVILLE, AUDIENCE PUBLIQUE DU 3 OCTOMBRE 1921. EN CAUSE : MINISTRE PUBLIC. CONTRE : MFUMU KIMBANGU ET CONSORTS. Vu par le conseil de guerre siégeant à Thyville, région soumise au régime militaire mitigé par ordonnance n°89 EN DATE DU 12 août 1921, du Vice- Gouverneur Général de la province du Congo-Kasaï, la procédure à charge des prévenus KIMBANGU Mfumu (Simon), MANDOMBE, ZOLA, MAFUFUENI, LENGE, NSUMBU Simon, MIMBA Philémon, MATTA, M’BAKI André, Kelani John, BATOBA SAMISIONI, BATOBA David, MALEKA Sesteni, Prévenus d’avoir porté atteinte à la sureté de l’Etat et à la tranquillité publique, John LUMBUENDE, Bemba et Dingo VUABELA, prévenus d’avoir porté atteinte à la sureté de l’Etat et à la tranquillité publique, John LUMBUENDE, BEMBA et DINGO VUEMBELA, Prévenus à ladite infraction, Vu l’assignation des prévenus à la requête de l’officier du Ministre Public en ses réquisition, oui les présentés par eux-mêmes. LE CONSEIL DE GUERRE, Attendu qu’il est établi que le 11 mai 1921, au village de Nkamba, m’administration de territoire des cataractes sud dut subir les volontés des prophètes, de leurs aides et des bandes d’indigènes qui n’étaient réunis. Attendu que le 6 juin suivant, le même fonctionnaire chargé de procès à l’arrestation du prophète en Chef, KIMBANGU, y fut violemment attaqué par la foule et que deux de ses soldats y furent blessés à coups de pierres et couteaux. ATTENDU QUE LE NOMME MFUMU KIMBANGU, EN REPANDANT ET EN FAISANT REPANDRE SCIEMMENT DES FAUX BRUITS DE GUERISSONS ET DE RESURRECTIONS ET EN SE POSANT EN ENVOYE DE DIEU jeta l’alarme dans l’esprit des populations indigènes, que par ses agissements et ses propos, il porta une atteinte profonde à la tranquillité publique. Attendu que Mfumu KIMBANGU est parvenu, en expliquant et en faisant expliquer le texte de la bible à sa façon par ses aides et adeptes, à imposer ses volontés aux populations qu’il a affirmé son prestige, comme il a déjà été dit, en répandant et en faisant répandre toujours par ses aides des faux bruits de miracles, en tenant des séances de guérisseurs d’hommes et d’ envoyé de Dieu, dans son village et ailleurs ; que c’est pendant ces séances qu’on a inculqué aux indigènes les fausses idées de la religion, qu’on les a excités contre les pouvoirs établis. Attendu a été reconnu par les médecins sain de corps et d’esprit et conséquent responsable de tous ses actes, que ses cris de nerfs ne sont que de la simulation, qu’il se peut que quelques cas de maladie nerveuse aient été guéri par suggestion mais que le prévenu en a profité pour tromper la bonne foi de la masse destinée à servir d’instrument inconscient à ses fins, que le but poursuivi était celui de détruire l’autorité de l’Etat. Attendu qu’il demeure établi que par ses actes, propos, agissements, écrits, chants et son histoire dictée par lui-même, MFUMU KIMBANGU S’EST ERIGE EN REDEMPTEUR ET SAUVEUR DE LA RACE NOIRE EN L’APPELANT L’ENNEMI ABOMINABLE. Attendu qu’il est établi par les faits que MFUMU KIMBANGU, malgré la défense de l’autorité a continué et persévéré dans son travail en faisant CROIRE QU4UN NOUVEAU DIEU ALLAIT VENIR, QUE CE DIEU ETAIT PLUS PUISSANT QUE L’ETAT MEME ? QUE CE DIEU ETAIT REPRESENTE PAR LUI, (MFUMU KIMBANGU), MVULUZI, QU’UN TEMPLE NOUVEAU, EGLISE NATIONALE NOIRE, ALLAIT ETRE FONDEE. ATTENDU QUE LA SECTE DES PROPHETES DOIT ETRE CONSIDEREE ORGANISEE POUR PORTER ATTEINTE A LA SURETE DE L’ETAT, SECTE CACHEE SOUS LE VOILE D’UNE NOUVELLE RELIGION( RELIGION AFRICAINE), MAIS TENDANT A DEMOLIR LE REGIME ACTUEL, que la religion n’est qu’un moyen pour exciter et exalter la croyance des populations que les foules impressionnées et poussées par la force du fanatisme, doivent souvent servir d’instrument pour atteindre le but final. Attendu qu’il résulte des rapports officiels, des correspondances échangées entre noirs, des enseignements reçus, que les blancs sont l’objet d’une haine profonde de la part des adeptes de MFUMU KIMBANGU, que cette haine s’est infiltrée et s’est répandue avec une rapidité alarmante parmi les indigènes, qu’il est indéniablement que la doctrine de MFUMU KIMBANGU e »t » cause d’une grève manquée, d’abstention au travail d’un grand nombre de travailleurs. Attendu que les moyens de persuasion ont été interprétés par les natifs, les prophètes et les adeptes comme de la faiblesse, de l’impuissance de l’Etats contre la force spirituelle, magique, DIVINE DE THAUTURE, QUE S’IL EST VRAIS QUE L4HOSTILITE CONTRE LES POUVOIR ETABLIS A ETE MANIFESTEE JUSQU’A PRESENT PAR DES CHANTS SEDITIEUX, INJURES, OUTRAGE ET QUELQUES REBELLINS ISOLEES, IL EST POURTANT VRAIS QUE LA MARCHE DES EVENEMENTS POURRAIT FATALEMENT CONDUIRE A LA GRANDE REVOLTE ? QU’IL CONVIENT D’APPRECIER TOUTE LA GRAVITE DE L’INFRACTION ET D’INTERVENIR EN APPLIQUANT SEVEREMENT LA LOI. ATTENDU QUE LA NOMME MANDOMBE JEUNE FILLE SANS EXPERIENCE SUGGESTIONNEE PAR LES SIMAGNREES DU GRAND PROPHETE A AGI ET SERVI CE DERNIER INCONSCIEMMENT, QUE PAR CE FAT ELLE DOIT LARGEMMENT BENEFICIER DES CIRCONSTANCES ATTENUANTES QUE CE MEME BENEFICE DOIT ETRE ACCORDE AU NOMME LUMBUENDE JOHAN QUI A hébergé à Nsanda les prophètes et la suite de MFUMU KIMBANGU, tout en les sachant activement recherchés par l’autorité, mais que l’exemple lui a été donné par le chef même du village et le Chef médaillé LE CONSEIL DE GUERRE, Vu les articles 76 ter du code, pénal, livre 2 et 101 ter du code pénal livre 1.Vu les articles 31 et 32 du décret du 3 novembre condamnons MFUMU KIMBANGU à la peine de mort. ZOLA, MATUFUENI, LENGE, NSUMBU Simon, MIMBA, Philémon MATTA, M’BAKI Andres, KELANI, Jhon, BATOBA SAMISSIONE, BATOBA David, MAKELA Sesteni, à la servitude pénale à perpétuité, BEMBA ET DINFO VUEBELA à vingt ans de servitude pénale. Et les frais du proc »s à charge de la colonisation. Et attendu qu’il a lieu de craindre que les condamnés ne tentent de ce soustraire à l’exécution du jugement, ordonne leur arrestation i immédiate. Ainsi jugé et prononcé à l’audience publique du 3 octobre 1921 ou siégeaient : MM de Rossi, juge ; Dupuis, Ministère Public, Berrewaert, Greffier. Ce jugement se passe évidement de commentaires. Qu’une indigence de motifs, susceptibles de personnaliser dans le Chef de Mfumu KIMBANGU une crise ou un délit, aboutisse finalement à sa condamnation à la peine capitale demeura une monstruosité juridique, qui se suffit à elle-même et n’a pas besoin d’exégèse.
Texte tiré du livre « la passion de (Simon KIMBANGU) Mfumu KIMBANGU» Page 77-87 Auteur : Jules Chomé

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