Il est certainement l’un des plus grands écrivains africains. Les africains d’un certain âge ont tous lu et étudié à l’école son roman « L’enfant Noir ». Roman autobiographique paru en 1953 dans lequel un jeune guinéen qui a quitté son pays pour aller poursuivre ses études en France raconte son enfance heureuse dans son pays natal. Il réussit à peindre l’Afrique comme un continent rempli d’amour et d’hospitalité.
Dans ce roman, Camara Laye évoque une belle fille dont il est secrètement amoureux ; une certaine Marie Lorofi. Voici ce qu’il dit notamment : « Elle était métisse, très claire de teint, presque blanche en vérité, et très belle, sûrement la plus belle des jeunes filles de l’école primaire supérieure ; à mes yeux, elle était belle comme une fée ! elle était douce et avenante, et de la plus admirable égalité d’humeur.et puis elle avait la chevelure exceptionnellement longue : ses nattes lui tombaient jusqu’aux reins. »
Il dit aussi : « Marie m’aimait, et je l’aimais, mais nous ne donnions pas à notre sentiment le doux, le redoutable nom d’amour.et peut-être n’était-ce pas non plus exactement de l’amour, bien que ce fût cela aussi.
Qu’était-ce ? Au juste qu’était-ce ? C’était assurément une grande chose, une noble chose : une merveilleuse tendresse et un immense bonheur sans mélange, un pur bonheur, ce bonheur-là même que le désir trouble encore.
Oui, le bonheur plus que l’amour peut être, et bien que le bonheur n’aille pas sans l’amour, bien que je ne pusse tenir la main de Marie sans frémir, bien que je ne pusse sentir ses cheveux m’effleurer sans secrètement m’émouvoir. En vérité, un bonheur et une chaleur ! Mais peut –être est-ce cela justement l’amour. Et certainement c’était l’amour comme des enfants le ressentent ; et nous étions encore des enfants ! officiellement j’étais devenu un homme : j’étais initié ; mais suffit-il ? Et même suffit-il de se comporter en homme ? c’est l’âge seulement qui fait l’homme, et je n’avais pas l’âge… »
Après avoir terminé ses études et bien après la parution de son roman à succès, Camara Laye retourne en Guinée pour se mettre au service de son pays. Il va vivre un véritable conte de fées. Le destin va mettre sur son chemin Marie Lorofi, celle dont il était amoureux et magnifiait la beauté dans son roman « l’enfant noir ». Le rêve devint réalité, Camara et Marie vont convoler en justes noces. Ils vont se marier et auront plusieurs enfants.
La Guinée obtient son indépendance en 1958. Sékou Touré a osé dire non à la communauté Franco-africaine du Général de Gaulle et la France en quittant la Guinée a décidé de lui faire payer son effronterie. C’est ainsi que de nombreuse campagnes menées pour déstabiliser son pays vont le faire sombrer dans la paranoïa.
Sékou Touré va nommer Camara Laye ambassadeur au Ghana. Il devient ainsi, le premier ambassadeur de Guinée au Ghana. Il va occuper plusieurs postes similaires dans plusieurs pays et va être rappelé en Guinée où il fut nommé directeur de l’Institut National de la Recherche et de la Documentation. Camara Laye commence à s’opposer aux dérives du régime de Sékou Touré ce qui lui vaudra d’être emprisonné par celui-ci.
Pendant son incarcération, il a été empoisonné, et les conséquences ont été l’enflement de son corps. A sa libération de Prison au milieu des années 60, Camara Laye s’enfuit avec sa famille en Côte d’Ivoire avant de s’installer au Sénégal, où il travaille comme chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), tout en participant aux mouvements d’opposition à Sékou Touré. Il devient alors l’ennemi juré de Sékou Touré qui promet de lui faire la peau s’il retournait en Guinée. En exil, il va vivre impuissamment plusieurs drames. Ses parents meurent et il ne peut pas les accompagner à leur dernière demeure. Les complications liées à l’empoisonnement qu’il avait subi en prison vont considérablement fragiliser sa santé. Mais, il arrive à tenir parce qu’il est accompagné de Marie, l’amour de sa vie. Celle-là qu’il avait aimée en secret durant toute son enfance et qui est devenue par la force du destin, son épouse.
Un jour, la famille « Laye » reçoit un télégramme alarmant. Le père de marie qui est aussi un opposant virulent au régime de Sékou Touré est très malade. Il sait qu’il va bientôt mourir ; et dans le télégramme envoyé, celui-ci souhaite voir sa fille « Marie » avant de mourir. Notons que le père de Marie, le Dr Henry Lorofi avait aussi subi les affres du régime de Sékou Touré, il a été incarcéré pendant 4 ans dans le sinistre camp Boiro et a vu sa santé se détériorer.
Malgré l’opposition de Camara Laye qui craignait pour sa sécurité en Guinée, Marie décide à ses risques et périls de se rendre en Guinée pour dire Adieu à son père.
Dès son arrivée à l’aéroport de Guinée, Marie a été immédiatement arrêtée et mise en prison. Puis incarcérée dans le sinistre camp Boiro. En effet, Siaka Touré (le frère de Sékou Touré) confisqua son passeport à l’aéroport, et l’arrêta en personne, sans motif ni raison. Après deux jours passés à l’hôtel Gbessia pour calmer l’émoi des compagnons de voyage de Marie, les Lions du Sénégal venus livrer un match de football, Marie est incarcérée. Sékou Touré ordonna son transfert au Camp Boiro. Elle y passa sept ans. A son arrestation, elle avait laissé un enfant de 4 mois au Sénégal. Elle ne le verra pas marquer ses premiers pas et prononcer ses premiers mots.
Camara Laye a durement vécu l’arrestation de son épouse, l’amour de sa vie. Il est tombé gravement malade et a décidé de se laisser mourir à petit feu. Pour l’aider et lui faire oublier sa douleur, ses amis lui ont conseillé de prendre une nouvelle épouse. Etant musulman, il a pris une seconde épouse, un acte qui a été en conformité avec sa foi islamique. Ramatoulaye Kante, sa femme sénégalaise a également joué le rôle de son infirmière à cause de sa santé défaillante. Mais sa présence dans le ménage n’a pas estompé son affection pour Marie.
Laye a décidé de suspendre toutes ces attaques, ces critiques et écrits contre le régime de Sékou Touré afin d’obtenir la libération de son épouse. Marie sera finalement libérée après 7 ans de captivité. Libérée en 1977, durant son incarcération, elle ne fut officiellement jamais accusée, interrogée, jugée, ou condamnée ! Dictature, cruauté et pur sadisme.
A sa libération, elle dut rendre visite à Sékou Touré ; la visite obligatoire que tous les détenus graciés devaient faire au Responsable Suprême de la Révolution pour le remercier de les avoir emprisonnés sans rime ni raison.
A la vue de Marie, Sékou Touré, cruel et cynique, s’exclama : « Qu’est-ce qu’elle a rajeuni ! »
Elle sollicita plusieurs audiences et dut recourir à une astuce pour obtenir l’autorisation de rejoindre sa famille à Dakar.
Elle va aussitôt retourner au Sénégal pour retrouver sa famille. Mais les retrouvailles ne furent pas aussi mémorables. Contre toute attente, elle va découvrir que son mari avait pris une seconde épouse pendant son incarcération. Elle refuse d’accepter la présence de cette seconde épouse. Sa foi catholique ne lui permet pas de vivre dans un foyer polygamique. Elle demande le divorce. Laye ne vécut pas longtemps après le divorce. La vie loin de Marie, c’était impossible. A quoi bon vivre, si c’est pour être loin de celle qu’on aime plus que tout ?
Non satisfait d’avoir fait empoisonner Camara Laye et sa famille avant leur exil à Dakar, en 1964, Sékou Touré continuait à le harceler et à chercher à salir sa renommée.
Terrassé par les conséquences de l’intoxication alimentaire qu’il avait contractée en prison dans les années soixante, traumatisé par les années d’incarcération de son épouse et par leur divorce (dans les années 77), Camara Laye meurt le 4 février 1980 à l’âge de 52 ans et est enterré en exil au Sénégal. Marie garda dans son cœur le souvenir éternel de Camara Laye.
Arol KETCH – 11.08.2020
Fourmi Magnan égarée

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