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EDUCATION : Rendons hommage aux soldats de la craie.

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« Etre enseignant, ce n’est pas un choix de carrière, c’est un choix de vie. » disait François Mitterrand. L’enseignant est à la société ce que le cœur est à l’homme. Un métier que seuls les grandes âmes aux cœurs purs peuvent épouser.
Je me rappelle comme si c’était hier de tous ces dignes hommes et femmes du Sénégal qui sillonnaient le pays d’Est en Ouest, du Nord au Sud pour former les fils du pays. A Bakel, malgré mon jeune âge, j’en ai vu défiler des instituteurs, des professeurs qui m’ont marqué. Je me souvins encore de ces maitres d’école qui nous fascinaient. Ces soldats de la craie qui n’abandonnaient jamais devant la kyrielle d’écueils. Père de famille que je suis devenu, je mesure maintenant combien la tâche était difficile et très lourde. Le royaume des marmots est un nid de caprices de tout genre. Je me demande encore comment ces infatigables bâtisseurs n’ont pas pété un câble devant une cinquantaine d’enfants, à la cinquantaine de caractères, à la centaine de caprices quotidiennes.
Malgré la présence de la cravache comme moyen de dissuasion, la tâche n’aura jamais été facile. Enseigner c’est se plier en quatre et respirer la patience. Je vois défiler leurs images comme si c’était hier. Je me rappelle de leurs noms et de leurs facies. J’étais admiratif et je le suis toujours d’ailleurs devant ce régiment de soldats de l’éducation.
Les hurlements de mon maitre de CI résonnent encore dans ma tête. Il était Soninké et natif de Bakel. Un homme de classe exceptionnelle qui ne courbait jamais l’échine devant la difficulté de la tâche. Devant une multitude de marmots, tous différents des uns des autres, l’homme maitrisait toujours ses nerfs. Malgré les conditions d’une rare difficulté, l’homme arrivait toujours a donné l’envie d’apprendre et le sourire aux mômes. Je me rappelle des jours de chants où nous transformions l’école en opéra. Je m’amuse encore à partager avec mes collègues blancs les ” t,p,n,m,r,l,v,d;b ” de mon enfance ou le ” ou est donc or ni car “… Ils sont subjugués. Et moi, tout fier de mes maitres.
Nos maitres étaient des héros. Des commandants de bord de classe exceptionnelle. De fins éducateurs dont les coups de cravache, les ” fronts contre la table “, ” les tendre par quatre ” tonnaient comme des punitions positives, indispensable à notre progression. Je les revois encore à travers les fenêtres, debout devant la galaxie infantile, dispensant des leçons de vie. Qui ne se rappelle pas de ces mots : Observation, Histoire, Géographie, Problème, Arithmétique… Autant de matières que nous ” buvions ” avec leur bénédiction.
Ils nous inculquaient le respect et l’assiduité. De mon temps, le maitre d’école était assimilable à un roi. Sa seule présence imposait le silence et le respect. Les élèves cultivaient cet esprit même au delà des murs de l’école. Certains élèves savaient même différencier le bruit de la moto de leur maitre des autres moto. C’est ainsi que les élèves du grand maitre de CM2 Adrien Bacourine de l’école régionale de Bakel détalaient comme des fusées dès que la moto grognait à un kilomètre. Ses élèves qui jouaient souvent dans les ruelles de Bakel s’évaporaient. C’était drôle mais plein de sens. Cela montrait tellement le maitre avait de l’importance aux yeux de ces enfants. Un autre maitre avait aussi laissé ses empreintes dans les années 90 à l’école Waranka N’diaye de Yaguiné : Monsieur DIEYE. Longiligne, yeux rouges danger, ce fumeur invétéré était la clef du succès dans cette école. Il avait un savoir faire inégalable. Plusieurs enseignants ont laissé leurs empreintes dans les écoles Bakéloises.
Au collège et au lycée, les rapports changeaient. L’enseignant devient plus diplomate. Sa cravache était abandonnée. On avait autant de professeurs que de matières. Ils étaient également valeureux fils du Sénégal, venus souvent de de lointaines contrées. Ils portaient des patronymes typiquement sénégalais. Malgré de nombreuses difficultés, ces infatigables bâtisseurs d’avenir ne renonçaient jamais à la transmission du savoir. Ils voyaient les élèves grandir, changer et casser leurs coquilles de môme. Souvent, ils devaient faire face à l’adolescence qui rendait les élèves paranoïaques et agressifs. Mais bon nombre d’entre eux arrivaient a tirer leurs épingles du jeu dans ces moments difficiles.
Ils aimaient leurs métiers avec passion. Je me rappelle de tous mes professeurs et je peux me targuer de tous les reconnaitre dans la rue un par un. Ces hommes me fascinaient. Comme tout élève, je détestais certaines matières, mais le charisme de certains professeurs faisait aimer la matière. Une belle prouesse à leur solde. Malgré mes lacunes dans les mathématiques, mes professeurs de Maths me fascinaient. Je me souvins comme si c’était hier de ses amoureux des chiffres. Outils pédagogiques en main, ils passaient des heures à expliquer sans relâche ces théorèmes et ces figures géométriques moyenâgeux très utile à notre monde. Comment pourrai oublier mes professeurs de langues anglaises et espagnoles ? Ces hommes et des femmes qui m’ont permis d’aller à la découverte des idiomes du monde.Je me rappelle de mes profs de français qui me firent dévorer des pages entières d’écrits d’auteurs antiques et moyenâgeux, de phrases mémo technniques comme la règle d’orthographe ( Quand j’aplatis le fer à aplanir, ma mère m’aperçoit, m’apitoie, m’apaise car j’étais apeuré )… De tous ces professeurs d’autres spécialités qui mettaient coeurs et âmes pour la réussite de leurs protégés.
Malheureusement, l’école se perd. Les enseignants ne cultivent plus les mêmes graines. Plusieurs épousent ce métier par manque de choix. L’enseignement devient un choix par défaut. La passion s’envole. Depuis quelques années, l’éducation sénégalaise est à la traîne. Ce sont nos enfants qui en pâtissent.
Samba KOITA dit EYO
Image d’illustration
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