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Le Nobel de littérature décerné au romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah

Agé de 72 ans, l’écrivain Abdulrazak Gurnah a reçu la prestigieuse récompense ce jeudi. Le jury a salué « sa pénétration sans compromis et pleine de compassion des effets du colonialisme ».

Le prix Nobel de littérature 2021 a été décerné ce jeudi 7 octobre au romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah, a annoncé le comité Nobel depuis Stockholm.Le jury a salué son œuvre « empathique et sans compromis des effets du colonialisme et du sort des réfugiés pris entre les cultures et les continents ». Il succède à la poétesse Louise Glück, récompensée l’année dernière pour sa « voix poétique reconnaissable entre toutes, qui, avec une beauté austère, rend universelle l’existence individuelle ».

Connu pour « Adieu Zanzibar » et « Paradis »

Né en 1948 à Zanzibar, Abdulrazak Gurnah a émigré au Royaume-Uni dans les années 1960 sous le statut de réfugié. Tout juste libéré du joug britannique, Zanzibar connaissait alors une révolution qui, sous le régime du président Abeid Karume, avait conduit à l’oppression et à la persécution des citoyens d’origine arabe. A l’âge de 18 ans, après avoir fini ses études, Gurnah a été contraint de quitter sa famille et de fuir le pays, alors la République de Tanzanie nouvellement formée par l’alliance du Tanganyika et de Zanzibar. Il n’y retournera pas avant 1984, peu avant la mort de son père.

Récemment retraité de son poste de professeur de littératures anglaise et postcoloniale à l’université du Kent à Canterbury, il a dirigé deux volumes d’« Essays on African Writing » ainsi que le « Cambridge Companion to Salman Rushdie » – qui lui n’a jamais eu le Nobel – et a publié des articles sur un certain nombre d’écrivains postcoloniaux contemporains, dont V. S. Naipaul, Ngũgĩ wa Thiong’o et Zoë Wicomb. Il a écrit dix romans et plusieurs nouvelles, en anglais mais aussi en swahili, sa langue maternelle. On retrouve dans l’ensemble de son œuvre la thématique des réfugiés. Gurnah est notamment connu pour ses romans « Adieu Zanzibar » (Galaade), prix RFI Témoin du monde en 2007, et « Paradis » (Denoël), finaliste du Booker Prize en 1994.

« Le dévouement d’Abdulrazak Gurnah à la vérité et son aversion pour la simplification sont frappants. Ses romans évitent les descriptions stéréotypées et ouvrent notre regard sur une Afrique de l’Est culturellement diversifiée, inconnue de beaucoup dans d’autres parties du monde », écrit Anders Olsson, le président du comité Nobel. « Dans l’univers littéraire de Gurnah, tout est mouvant – souvenirs, noms, identités. C’est probablement parce que son projet ne peut pas aboutir dans un sens définitif. Une exploration sans fin motivée par la passion intellectuelle est présente dans tous ses livres, flagrante aussi bien dans “Afterlives” (2020), que lorsqu’il a commencé à écrire quand il était un réfugié de 21 ans. »

L’Académie suédoise est souvent accusée de se concentrer sur les écrivains masculins, principalement Européens. En 120 ans d’histoire, seules 16 femmes ont remporté le prix Nobel de littérature. Le dernier lauréat noir à avoir reçu le prix était Toni Morrison en 1993. Abdulrazak Gurnah est le cinquième auteur africain à recevoir la prestigieuse récompense, après Wole Soyinka en 1986, Naguib Mahfouz en 1988, Nadine Gordimer en 1991 et J.M. Coetzee en 2003.

Par BibliObs

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