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Les élèves des écoles publiques ont raison d’être en colère !

Chaque année, après la publication des résultats du baccalauréat et du Bfem, les Sénégalais s’émeuvent du faible taux de réussite. Ce dernier devrait-il vraiment surprendre ? Entre grèves des professeurs, lacunes accumulées tout au long du cursus scolaire, conditions d’études difficiles. Avec tous ces facteurs, comment le Sénégal peut-il espérer que ses élèves atteignent un niveau scolaire adéquat ?
Au début du mois de septembre dernier, je m’étais rendu dans une librairie de la place pour m’acheter des livres. Je remarquai un achalandage plus important que d’habitude, des parents accompagnés de leurs enfants pour leur acheter des fournitures. Je me souvins que c’était l’ouverture des classes pour une partie des écoliers sénégalais. Si pour certains d’entre eux, la rentrée scolaire débute au mois de septembre ou octobre, pour d’autres, elle ne démarre, au mieux, qu’au mois de novembre ou pire, en décembre.
Les chances sont inégales entre les deux catégories d’élèves. Les premiers, étudiant dans des écoles où il n’y a pas de grèves, ont généralement la possibilité d’être accompagnés s’ils rencontrent des lacunes dans certaines matières. Les seconds, eux, ne bénéficient pas de ces situations favorables. Pour cela, je comprends leur dégoût et frustration, parce que pénalisés par les grèves, les mauvaises conditions d’étude, un Etat démissionnaire et imprévoyant.
Quand des élèves vont à l’école sans prendre le petit-déjeuner, ne disposent pas de toutes les fournitures nécessaires, ont des professeurs plus souvent en grève qu’en classe ou plus motivés par les «khar matt» dans les écoles privées, comment espérer qu’ils puissent réussir leurs études ?
Il arrive de temps à autre de lire dans la presse, le récit d’un élève, dans un lycée au fin fond du Sénégal, qui a réussi brillamment aux examens nationaux. Ce genre de récit est inspirant, mais il biaise le débat. Il ne s’agit pas de mentionner des réussites inattendues, mais de faire en sorte que tous les élèves, qu’ils étudient dans une école privée ou publique, qu’ils vivent dans une ville ou un village, puissent avoir les mêmes chances de réussite, que cela ne dépende que des efforts de chacun. Cela requiert que tout Sénégalais puisse étudier dans les meilleures conditions. Aussi pensé-je que, plutôt que d’investir dix milliards dans la confection d’uniformes, l’Etat aurait dû consacrer ces fonds à :
-Mettre en place une cantine scolaire dans toutes les écoles. Beaucoup d’élèves vont en classe sans manger et y passent toute la journée. Ces cantines scolaires permettraient d’y remédier ;
-Offrir les fournitures à tous les élèves. Etudier sans disposer de fournitures scolaires, diminue les chances de réussite. Cela pourrait être résolu si l’Etat les distribuait gratuitement ;
-Accompagner les élèves qui rencontrent des difficultés. C’est la partie la plus importante pour atteindre l’égalité des chances. Dans son livre L’éducation réinventée -une critique du système scolaire traditionnel, avec un professeur qui parle et des élèves qui écoutent-, Salman Khan parle de l’importance de combler les lacunes. Les élèves du public les accumulent depuis le primaire entre grèves, professeurs avec une mauvaise pédagogie, conditions sociales. Quand les fondations ne sont pas solides, il sera difficile d’atteindre ses objectifs. C’est ce qui arrive à beaucoup d’élèves, ils ont tellement de lacunes que des notions terre à terre leur sont difficilement compréhensibles. Aussi faut-il les accompagner, leur donner des cours de renforcement individualisés. L’internet est un moyen facile d’y parvenir, comme le montre l’exemple de Salman Khan avec ses nièces.
-Encourager l’enseignement technique et professionnel. Tous les élèves ne sont pas faits pour l’enseignement général. Certains réussiraient mieux s’ils étaient orientés dans des lycées techniques. La mécanique, la menuiserie, l’agriculture (…) sont des domaines porteurs que beaucoup de Sénégalais ignorent. Si l’on y orientait une partie des élèves, cela permettrait de disposer de compétences dans ces secteurs. En même temps, cela réduirait le taux de chômage.
Je lis souvent dans la presse durant l’année scolaire, que les professeurs déclencheront une grève parce que tel accord signé avec l’Etat n’a pas été respecté. Qui seront pénalisés par cette situation ? Les élèves. Chaque année, le quantum horaire n’est pas atteint. Les écoliers passent une bonne partie de l’année scolaire à la maison, plutôt que d’être en classe. Encore une inégalité entre les écoles privées et publiques. Pourquoi ne pas entamer des négociations durant les vacances scolaires entre les enseignants et l’Etat pour régler définitivement ces problèmes ? Pourquoi attendre que commence l’année scolaire pour amorcer des pour­parlers et prendre ainsi les élèves en otage ?
Une année scolaire réussie se prépare en amont. Le Sénégal a tendance à l’impréparation, à n’agir que quand il est au dos au mur. Depuis des décennies, l’école sénégalaise connaît des problèmes qui empirent chaque année. Nous sommes en train de voir les conséquences de cette situation, avec une augmentation de la criminalité et du chômage. C’est le Sénégal de demain qui est en péril.
Warren Buffet a écrit : «Quelqu’un s’assoit à l’ombre aujourd’hui, parce qu’un autre avait planté un arbre il y a longtemps.» Aujourd’hui, le Sénégal ne plante pas les arbres qui lui permettront d’avoir de l’ombre demain. Quand les taux de réussite aux examens sont aussi faibles, quand les élèves, plutôt que d’être en classe, restent à la maison à cause des grèves, c’est l’avenir d’une Nation qui est hypothéqué. Il faut arrêter dès à présent l’hémorragie et inverser la tendance.
L’éducation est le moyen le plus rapide afin qu’une Nation puisse s’élever. Des populations bien éduquées attirent les investissements étrangers, comme le montre l’exemple de certains pays comme Singa­pour, Estonie… Le Sénégal ne semble pas comprendre cela, ne prenant pas des mesures afin que chaque citoyen puisse bénéficier d’une éducation de qualité.
Cela doit changer. En plus de contribuer à l’égalité des chances, un système éducatif de qualité redonnera de l’espoir à ses habitants et créera un cercle vertueux : il ouvrira des portes à toutes les personnes qui se sentaient exclues, leur donnera confiance en eux-mêmes, con­fiance d’entrevoir son avenir sous des horizons plus radieux.
Il n’y a pas d’élèves médiocres, il n’y a qu’un système scolaire médiocre qui, plutôt que de favoriser la réussite, entraîne l’échec des apprenants. Quand les conditions de vie sont difficiles à la maison, il est du devoir de l’Etat de permettre une égalité des chances en aidant les élèves pénalisés par leurs situations sociales précaires. Parce qu’il ne le fait pas, il est en train de voir les conséquences, avec une hausse de la criminalité, une horde de jeunes au chômage.
Créer des cantines scolaires, distribuer gratuitement les fournitures aux écoliers, encourager l’enseignement technique et professionnel, accompagner les élèves en difficulté, trouver des solutions définitives aux grèves des professeurs : des solutions pour que l’école sénégalaise puisse permettre à chacun de réussir ses études. Il en va du Sénégal de demain. Aussi ai-je l’espoir que dans quelques années, je lirai que les élèves sénégalais se classent parmi les premiers au test Pisa de l’Ocde, parce que leur niveau scolaire aura fortement augmenté.
Moussa SYLLA

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