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EDUCATION : UNE ÉTUDE PASSE AU CRIBLE L’OFFRE ÉDUCATIVE ARABO-ISLAMIQUE DE SIX PAYS, DONT LE SÉNÉGAL

L’offre éducative arabo-islamique au Sahel est largement analysée dans le cadre d’un projet de recherche mené de 2019 à 2022 au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Sénégal et au Tchad.
Le projet de recherche EDUAI (Education arabo-islamique au Sahel), financé par l’Agence française de développement (AFD), est le fruit d’une collaboration de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) avec plusieurs institutions académiques d’Afrique.
Ses travaux ont été conduits par Dr Hamidou Dia, sociologue à l’IRD et co-responsable du service ‘’Éducation et savoirs au Sud’’ du Centre population et développement (CEPED) de l’Université Paris Cité.
Le projet EDUAI vise à ‘’combler ce vide scientifique (…) créé par la focalisation sur les écoles classiques héritées des missions chrétiennes et de l’administration coloniale, puis pérennisées par les Etats nés des processus d’indépendance politique’’. Il cherche d’abord à ‘’identifier de manière précise l’offre éducative arabo-islamique dans les pays ciblés par l’étude’’.
Un rapport du projet remis à l’APS conclut que ‘’l’éducation arabo-islamique est une donnée importante à prendre en considération pour qui veut comprendre et essayer d’avoir prise sur le quotidien des populations du Sahel’’. Ses auteurs décrivent une offre ‘’plurielle’’, ‘’hétérogène’’ et ‘’évolutive’’.
‘’Certes, écrivent-ils, un environnement scolaire, institutionnalisé par les Etats et appuyé par des bailleurs internationaux, existe.’’ Toutefois, ‘’il n’a pas le monopole de la mission éducative, et parfois il est disqualifié par la dégradation de la qualité des enseignements dispensés, mais aussi par son faible ancrage dans les dynamiques sociales nationales et locales’’.

S’y ajoute ‘’l’amoindrissement de son attractivité’’, dans la mesure où ‘’il ne permet plus ce qui avait été observé dans les premières décennies qui ont suivi les indépendances : la possibilité pour des enfants des milieux sociaux populaires d’y trouver les moyens d’une certaine mobilité sociale et de contribuer à transformer leurs conditions d’existence initiales’’.

Les auteurs du rapport estiment que ‘’l’offre d’éducation arabo-islamique dans ses différentes composantes, si elle a pu paraître inexistante aux yeux des pouvoirs publics nationaux et internationaux, connaît aussi des transformations qui lui permettent de se poser en alternative crédible pour des parents soucieux de donner à leurs enfants des repères religieux et moraux, tout autant que la capacité à s’intégrer dans la vie professionnelle, ainsi que d’accéder à des statuts sociaux valorisés’’.

Le rapport note que ‘’dans l’éducation arabo-islamique formelle privée, des solutions d’articulation entre des modèles relevant à la fois de l’institution scolaire et de l’enseignement musulman sont expérimentées avec un certain succès auprès des populations’’. Il souligne que l’éducation ‘’reste une des clés pour répondre aux crises multiformes qui secouent les sociétés’’. ‘’Plus que jamais, poursuivent ses auteurs, l’imagination de ses acteurs (les acteurs de l’éducation) est sollicitée pour construire des systèmes de formation rénovés’’.
Recommandations
Dans leurs recommandations, les auteurs estiment qu’il ‘’est nécessaire de comprendre la demande éducative que formulent les populations’’. ‘’Il y a une exigence de formation, notamment en fonction des croyances et des savoirs de l’islam’’, et une nécessité de ‘’répondre à une demande de démocratisation de l’accès à l’EDUAI, notamment des filles et des femmes’’, ajoutent-ils.
La question de l’insertion professionnelle dans les économies locales des sortants de ces établissements est également posée. L’étude constate que ‘’dans tous les pays, la période qui suit la fin des études est une préoccupation’’.
‘’Les enseignements sont généraux et ne sont pas de nature à faciliter la recherche de travail. Les sortants des ‘écoles coraniques’ anciennes ont du mal à s’employer dans le secteur formel ; les anciens pensionnaires des autres types d’institutions sont surtout formés dans des disciplines littéraires pour lesquels les débouchés sont limités’’, révèle-t-elle. Ses auteurs affirment qu’‘’il est donc important de revoir les contenus et les finalités des enseignements : les promoteurs privés ont un rôle à jouer, mais les Etats sont aussi interpellés’’.
L’étude souligne la nécessité de ‘’favoriser la création de cadres de dialogue impliquant tous les acteurs intéressés par l’EDUAI, ce qui permettrait de construire des compromis dynamiques autour des réformes à prioriser et à conduire’’. Relevant que l’éducation ‘’ne peut se réduire à l’adoption de modèles imposés par des financements externes, les écoles étant instruments – et victimes – de luttes d’influence’’, le rapport soutient que ‘’la question de la pertinence de l’offre éducative est à remettre au centre des préoccupations’’ en matière de réforme de l’éducation arabo-islamique.
‘’Il y a lieu de réfléchir sérieusement à la question du financement de l’éducation, quelle que soit l’offre prise en considération’’, proposent ses auteurs. ‘’S’ils ne sont pas organisés, canalisés, maîtrisés par des Etats renforcés dans leur légitimité et leur souveraineté, et construits sur des bases nécessairement démocratiques, les financements peuvent conduire à des situations ingérables localement’’, écrivent-ils.
Il y a lieu enfin de ‘’renforcer les communautés locales, la société civile, le monde académique et de la recherche pour s’impliquer et accompagner les dynamiques qui travaillent globalement les sociétés sahéliennes’’. ‘’Ces différents segments doivent prendre pleinement part à l’œuvre d’édification d’une éducation pertinente, de qualité, égalitaire et inclusive, et au service des transformations des espaces concernés’’, estiment les auteurs.
Vers la modernisation de l’offre au Sénégal 
Concernant le Sénégal, le rapport souligne qu’en construisant son système éducatif ‘’dans le prolongement de l’héritage colonial’’, le pays ‘’a laissé en rade l’éducation arabo-islamique’’, qui est ‘’pourtant fortement ancrée dans le quotidien des populations’’. L’‘’influence du passé colonial’’ sur le fonctionnement de l’Etat indépendant ‘’nourrit la réserve de certains maîtres coraniques et autres acteurs de l’éducation arabo-islamique, quant à la réglementation de ce secteur’’, lit-on dans le document.
Lequel ajoute que ‘’certains d’entre eux voient les transformations voulues par l’Etat comme une tentative d’imposer une modernité d’inspiration occidentale’’. Mais l’étude ‘’montre que le refus des réformes ne concerne pas la majorité des acteurs’’.
Les acteurs de l’EDUAI ‘’revendiquent plus de justice, de reconnaissance et d’implication de l’enseignement religieux dans le système éducatif’’. ‘’Moins qu’un rejet de l’enseignement général ou de l’école classique’’, note le rapport.
‘’Les réformes telles qu’elles sont envisagées par les autorités sont un pas important pour certains, tandis que pour d’autres il s’agit davantage de réclamer un traitement plus égalitaire entre l’EDUAI et le système classique, plus particulièrement entre le ‘daara’ (école coranique) et l’école classique’’, analysent les auteurs de l’étude. Ils estiment que le ‘’daara’’ est l’institution ‘’la plus sujette aux controverses, tant les enjeux qui l’entourent sont importants’’.
Si dans leur forme traditionnelle les ‘’daara’’ sont ‘’une source de prestige et de reconnaissance sociale pour les lettrés qui y enseignent’’, leur disparition ‘’équivaudrait pour ces derniers à une perte de leur statut, particulièrement s’ils sont dans l’incapacité de s’adapter aux modèles réformés’’.
Le rapport note aussi que ‘’pour l’Etat, le ‘daara’ est le vivier qui accueille un nombre encore sous-estimés d’apprenants exclus des statistiques sur la scolarisation’’. Cette catégorie d’école est aussi ‘’la cible d’ONG et d’institutions internationales qui interviennent dans la protection de l’enfance’’.
Le rapport souligne qu’en dépit ‘’des tensions autour du statut des ‘daara’, la tendance semble aller vers le développement d’une offre modernisée’’. Ses auteurs sont d’avis que ‘’l’évolution de l’éducation arabo-islamique vers les modèles [dits] franco-arabe et ‘daara’ moderne témoigne d’une conscience accrue des acteurs de la nécessité d’allier à l’enseignement du Coran d’autres savoirs et langues dont la maîtrise permettra d’élargir les horizons professionnels des apprenants’’.
Ils signalent que ‘’les acteurs interviewés (enseignants, parents et apprenants) donnent la primauté à l’éducation religieuse, en alliant les deux modèles lorsque la possibilité se présente et reconnaissent des avantages à cette combinaison’’. Sur ce point se pose plutôt la question de l’attractivité de l’école classique que de celle de son rejet.
‘’Attractivité quant à l’adéquation des enseignements avec ce que les populations considèrent être leur identité socioculturelle, dans laquelle l’islam tient une place primordiale ; mais aussi quant aux possibilités d’insertion professionnelle qu’elle offre’’, précisent-ils. L’école sénégalaise ‘’a connu de nombreuses crises durant ces dernières années, qui font qu’elle ne répond guère plus aux aspirations des parents, ni à celles des apprenants’’.

Et les parents d’élèves, ‘’en l’absence d’un modèle capable d’assurer à la sortie une insertion professionnelle’’, préfèrent ‘’un modèle qui tout au moins assure la connaissance de la religion et un ancrage dans des valeurs sociales et morales’’.‘’L’offre est de plus en plus reconnue par les autorités’’

Les auteurs du rapport ajoutent que ‘’l’évolution de l’EDUAI et le succès qu’elle a auprès des populations pousse à interroger la pertinence du système éducatif sénégalais en l’état actuel, au regard de la demande sociale et des aspirations de populations qui souhaitent un système éducatif qui enseignerait aussi à leurs enfants leur religion’’.

‘’Avec l’offre privée arabo-islamique qui s’impose, dont notamment les ‘daara’ modernes plutôt accessibles à des classes sociales privilégiées, il se profile le risque de l’implantation d’un système d’éducation dual, avec des offres de qualités inégales dont l’accès est conditionné par la disponibilité de moyens financiers.’’
‘’Aborder les politiques éducatives par le prisme de la pertinence pourrait pallier à cette tendance et mener vers une école sénégalaise fondée sur l’expression des besoins des populations, tout en tenant compte des challenges auquel le pays doit faire face dans la perspective de son développement’’, proposent les auteurs de l’étude. Ils arguent que ‘’la construction d’une offre éducative pertinente en termes de valeurs, de croyances, de langues et de contenus répondrait de fait aux objectifs d’accès pour tous, de qualité et d’équité que les politiques publiques se donnent’’.
Selon le rapport, au Sénégal, la Fédération nationale des associations d’écoles coraniques regroupait, en 2019, quelque 22.000 ‘’daara’’ qui accueillaient près de 2 millions d’apprenants. Cette fédération comptait 16.800 ‘’daara’’ en 2017, rapporte le document, citant l’Unicef, l’agence des Nations unies chargée de l’enfance.
L’étude précise que ‘’ces chiffres ne sont pas exhaustifs, car la fédération ne recense que ses ‘’daara’’ membres.
Concernant l’offre franco-arabe formelle, les rapports annuels sur la situation de l’éducation, qu’élabore la direction de la planification et de la réforme de l’éducation (DPRE) du ministère de l’Education nationale, ‘’commencent à systématiquement relever les effectifs d’élèves inscrits en école franco-arabe’’. ‘’Cela montre que l’offre est de plus en plus reconnue par les autorités.’’
Pour l’année 2020, ajoute la même source, 263.082 des 3.640.773 apprenants recensés du préscolaire au secondaire étaient inscrits dans une offre franco-arabe. En 2019, ils étaient 240.289 sur 3.510.996, lit-on dans le document, lequel précise que ‘’ne sont pas ici comptabilisés les élèves [inscrits] dans des structures non formelles’’.
Selon l’étude pilote de la DPRE sur la situation des ‘’daara’’ et écoles arabo-islamiques, l’éducation non formelle concentrait 5.744 structures au Sénégal, en 2016. Ces structures accueillaient 392.772 apprenants.

OID/ESF/MD

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