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Les perspectives et risques : si l’éducation de demain sera numérique

La numérisation galopante de l’économie mondiale, affirment les experts, entraîne de nombreuses conséquences sociales et culturelles controversées qui nécessitent une analyse minutieuse.

Les risques et les perspectives des tendances numériques dans l’éducation ont été étudiés par un groupe de recherche de l’Institut fédéral du développement de l’éducation de l’Académie russe de l’économie nationale et du service public auprès du Président de la Fédération de Russie.

Le numérique dicte les règles

Des chercheurs de l’Institut fédéral du développement de l’éducation ont présenté la «Conception didactique de l’éducation et de l’enseignement professionnel» consistant en un processus éducatif numérique personnifié basé sur un nouveau domaine de la science pédagogique: la didactique numérique.

L’économie numérique, indiquent les auteurs de l’étude, est aujourd’hui le principal «client» pour l’éducation et l’enseignement professionnel. L’analyse des marchés prometteurs montre que la maîtrise des technologies de production numériques sera nécessaire dans les 3 à 5 prochaines années pour les diplômés dans des secteurs variés.

Les spécialistes sont convaincus qu’au fur et à mesure de la numérisation des opérations de routine, les compétences «non mécaniques» seront de plus en plus demandées, qui supposent des tâches pour les appareils numériques, une analyse compétente avec une réflexion critique ou une communication complexe – par exemple, dans le cadre de contrats ou de ventes.

L’étude souligne qu’au vu des réalités technologiques et socioéconomiques de la société actuelle, qui évoluent rapidement, les exigences envers les diplômés changent également. Ce qui nécessite des modèles éducatifs qui fonctionneraient avec succès dans les conditions d’objectifs didactiques «flottants».

Dans ces conditions, les chercheurs de l’Académie russe de l’économie nationale et du service public pointent le risque élevé d’un «optimisme numérique» excessif qui pourrait conduire à la déshumanisation de l’éducation en tant qu’institution sociale. Cela pourrait surtout se traduire par la substitution de la numérisation de l’éducation par sa «digitalisation» inefficace.

Les spécialistes craignent qu’au lieu d’un enseignement personnifié orienté sur le développement des compétences, en pratique pourrait se poursuivre l’utilisation de méthodes traditionnelles obsolètes d’enseignement parallèlement à l’usage des technologies de l’information et des communications à disposition des enseignants, dont l’efficacité dans une telle situation serait très contestable.

La génération Z veut un dialogue vivant

Les auteurs de l’étude pensent que la mise en place du processus éducatif numérique nécessite le développement d’un nouveau domaine de la science pédagogique: la didactique numérique. Les principaux facteurs déterminant l’établissement de nouvelles approches de l’éducation, selon les auteurs, sont trois phénomènes du XXIe siècle: la génération numérique, ayant ses caractéristiques socio-psychologiques particulières; les nouvelles technologies qui constituent le milieu numérique; et, enfin, l’économie numérique et les exigences qu’elle dicte en matière de ressources humaines. Pour illustrer le problème de la «digitalisation» inefficace de l’éducation, les chercheurs analysent différents cas, notamment les événements qui se sont déroulés à l’école secondaire de journalisme de Brooklyn, où en novembre 2018 des lycéens ont organisé une manifestation contre la plateforme d’éducation en ligne Summit Learning.

Ce projet en ligne, qui englobe 380 écoles et 55.000 élèves américains, écarte complètement une grande partie de l’interaction humaine selon les lycéens en colère. Comme l’ont déclaré les manifestants, un soutien direct des enseignants et les discussions avec les autres élèves sont bien plus importants pour développer une réflexion critique que de rester assis immobile devant son écran.

Cet exemple parmi d’autres prouve, selon les spécialistes, que le succès de l’autodétermination professionnelle et de l’adaptation sociale des jeunes nécessite une combinaison souple de technologies numériques, matérielles et pédagogiques. La mise au point du processus éducatif numérique sur la base de la didactique en ligne permettra de surmonter la période de transition actuelle, affirment les auteurs.

De la répression à un suivi efficace

D’après les chercheurs, la condition principale pour l’apparition de l’enseignement de nouvelle génération est le développement des technologies pédagogiques.

Cela concerne avant tout l’intégration de l’enseignement à distance, de technologies CASE (computer-aided software engineering – génie logiciel assisté par ordinateur), de l’apprentissage hybride (blended learning), de classes inversées (flipped learning), de la méthodologie de projet. Il faut utiliser des simulateurs et des outils de réalité augmentée pour enseigner des compétences professionnelles et des connaissances complexes.

Il est indiqué qu’à court terme l’utilisation d’un environnement de jeu, du rythme de travail individuel, ainsi que différentes possibilités interactives, par exemple le choix par l’étudiant du niveau initial de la difficulté des problèmes, permettra d’améliorer l’efficacité de l’apprentissage.

Les auteurs ont attiré une attention particulière sur la problématique d’une utilisation des technologies numériques et pédagogiques d’évaluation qui garantirait l’objectivité et la transparence des épreuves en maintenant une motivation scolaire stable.

En proposant de renoncer à l’évaluation traditionnelle, notamment et au vu de ses «fonctions répressives», les experts attirent l’attention sur le système d’évaluation intégrée qui implique un retour immédiat entre le pédagogue et l’élève grâce aux outils informatiques.

Selon Vladimir Blinov, directeur du centre d’enseignement professionnel et de systèmes de qualification de l’Institut fédéral du développement de l’éducation, directeur de recherche de l’étude, les technologies de Big data permettent de procéder à un suivi personnalisé du processus éducatif en observant la dynamique des changements et en procédant à une analyse comparative. Un enseignant possédant des informations pertinentes sur la qualité des tâches accomplies pourra plus efficacement diriger le processus éducatif.

Les moyens d’évaluation de l’efficacité de l’enseignement comme le contrôle de l’empreinte numérique personnelle ou le suivi multiniveau des résultats obtenus grâce aux technologies d’évaluation cumulative pourraient rendre le processus d’apprentissage encore plus captivant.

L’étude se termine par un glossaire des principales notions de la nouvelle réalité de la société numérique. Les chercheurs sont certains que la stratégie de travail avec la «génération Z» numérique doit partir du principe qu’il est pratiquement impossible de l’impliquer dans le processus éducatif traditionnel, et que par conséquent les pédagogues doivent être plus attentifs aux tendances contemporaines.

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