Une enseignante en mathématiques œuvre pour l’éducation des filles aux sciences, technologie, ingénierie et mathématiques

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Dr. Faguèye NDIAYE SYLLA est enseignante-chercheuse en mathématiques à la Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal. Elle a récemment pris part en tant que formatrice à une formation régionale organisée par l’UNESCO sous le thème « Déchiffrer le code : une éducation en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) de qualité tenant compte du genre ».

Vous êtes enseignante en mathématiques (maths) au Sénégal. Comment est né votre intérêt/passion pour les maths ? Aviez-vous un modèle qui vous a inspiré dans votre enfance ?

Mon intérêt pour les maths est né à l’école élémentaire. J’étais forte en calcul mental et je résolvais tous les problèmes que le maître nous proposait. Mon goût pour les maths s’est renforcé aux cycles moyen et secondaire avec de bonnes performances scolaires, et l’encouragement de mon père.

Mon père m’a servi de modèle et m’a encouragé à continuer dans cette voie. En tant que Directeur de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles à Nioro une localité du Sénégal, mon père recevait des femmes ingénieures agronomes au service. Je les admirais en les voyant porter des jeans, tee-shirts et casquettes. Je demandais à mon père : « Qui sont ces femmes ? » Il me répondait qu’elles étaient ingénieures. Je lui demandais : « C’est quoi ingénieure ? Quelles études ont-elles faites ? »

Je lui ai dit alors que je voulais devenir ingénieure agronome, comme elles.

Selon le rapport de l’UNESCO, Déchiffrer le code, les filles et les femmes sont particulièrement sous-représentées dans les domaines des STEM. D’après votre expérience, dans quelle mesure est-ce vrai ? Quels défis avez-vous eu à relever en tant que femme dans le domaine des maths ?

Les filles et les femmes sont en effet sous-représentées dans les STEM ; il y a à peine une ou deux filles sur 10 ou 15 dans les classes scientifiques qui mènent aux études en STEM.  Dans les facultés des sciences, techniques et technologiques de nos universités, les filles ne sont qu’au maximum deux ou trois au second cycle, et très souvent il n’y a pas de femmes enseignantes. Dans l’ingénierie, c’est pareil.

Les filles n’ont pas de modèle de réussite dans ces domaines ; les femmes actives qu’elles rencontrent sont sages-femmes, infirmières, maîtresses d’école, très rarement enseignantes de sciences ou mathématiques. Sur le plan socio-culturel, on inculque aux filles qu’elles ne doivent pas faire des études en STEM car, non seulement ces études sont très difficiles et elles ne pourront jamais les réussir mais également parce que les débouchés de ces études sont majoritairement réservés aux hommes.

Chaque jour, en tant qu‘enseignante en maths, j’œuvre à augmenter la participation et la performance des filles et des femmes dans les filières mathématiques et scientifiques. Que ce soit par l’initiation de mécanismes, l’organisation de journée carrières ou de système de mentorat, ainsi que par la sensibilisation des parents d’élèves à encourager et à soutenir leurs filles pour qu’elles croient en elles.

En novembre 2018, vous étiez formatrice lors de la formation régionale organisée par l’UNESCO. Quelle leçon tirez-vous de cette formation ?

Cette formation est venue à son heure. Le fait de regrouper des acteurs de l’éducation de tous niveaux – de la décision à la pratique dans les classes – afin de les sensibiliser, les informer et les former sur les études STEM nous a permis de reconsidérer les pratiques et politiques en faveur de l’amélioration de la participation des filles dans les STEM.

L’environnement d’apprentissage reste un élément clé, avec des structures et des ressources adaptées. Je pense à des laboratoires dans lesquels filles et garçons pourront faire leurs expérimentations scientifiques tout en étant à l’aise, des bancs d’essai et des chaises adaptés. Je pense aussi à des toilettes propres, séparées et accessibles pour filles et garçons pour que les filles n’éprouvent pas le besoin de rentrer chez elles pour leur propre hygiène.

Comment cette formation vous a-t-elle aidé à renforcer les capacités des enseignants de maths tenant compte des différences de genre? Quelles compétences acquises pendant la formation avez-vous déjà mis en pratique dans vos cours ou votre curriculum?

Grâce à cette formation, j’aide les enseignants de mathématiques à planifier leurs leçons et à choisir les ressources, matériels et activités qui intègrent une perspective inclusive, tenant compte du genre. Je les encourage à mettre l’élève au centre, à inciter filles et garçons à construire par eux-mêmes leurs connaissances, et à organiser la classe afin que toutes et tous puissent participer à l’enseignement-apprentissage.

J’ai déjà mis en œuvre certaines des compétences acquises lors de la formation dans mes cours et nos curricula, particulièrement l’intégration de la dimension genre dans l’organisation de la classe (cf. création de groupes mixtes et responsabilisation des filles), le contenu des activités et l’utilisation des TIC. Je motive filles et garçons en valorisant leurs réponses correctes et en aidant celles et ceux qui sont en difficultés.

Selon vous, que pourrait-on faire pour inspirer et impliquer davantage de filles et de femmes dans les domaines des STEM dans votre pays, et dans le monde?

Il faudrait organiser des journées scientifiques où les filles pourront rencontrer des femmes et modèles en STEM, et des journées découvertes ou d’insertion dans les carrières STEM. Elles y apprendront le cursus scolaire et universitaire, les débouchés des études en STEM, les obstacles auxquels les femmes ont été confrontées et comment elles ont réussi dans ces domaines. Il pourrait aussi y avoir un système de mentorat pour suivre, conseiller et orienter les filles dans les STEM.

Des conférences internationales animées par des femmes mathématiciennes, scientifiques et ingénieures pourraient engager les filles par des démonstrations accessibles ou l’exposé de leurs travaux de recherches. Il faut aussi privilégier les filles et les femmes dans les STEM à travers des appels à candidature pour des postes des stratégiques de prise de décision.

Quel conseil donneriez-vous aux filles qui sont intéressées à poursuive des études en STEM ?

Je leur dirai de persévérer, de tenir bon, d’avoir confiance en elles car elles pourront bel et bien réussir dans les STEM comme leurs aînées qui les ont précédées.

Le fait qu’une femme soit dans les STEM est très bénéfique pour sa famille, sa communauté, et plus généralement pour la société. Alors allez-y !
 

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